La comédie Française monte FANNY

Août 2008

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La troupe de la Comédie-Française présente
au Théâtre du Vieux-Colombier
du 24 septembre au 31 octobre 2008
Fanny Pièce en trois actes de Marcel Pagnol
Mise en scène d’Irène Bonnaud
Scénographie, Claire Le Gal
Costumes, Nathalie Prats-Berling
Lumières, Daniel Lévy
Réalisation sonore, Alain Gravier
Maquillages et coiffures, Catherine Saint-Sever
Assistante à la mise en scène, Sophie-Aude Picon
Assistante aux costumes, Céline Marin
Avec
Catherine Ferran Honorine
Andrzej Seweryn Panisse
Sylvia Bergé Claudine et l’Italienne
Jean-Baptiste Malartre M. Brun et le Chauffeur de M. Panisse
Pierre Vial Escartefigue
Serge Bagdassarian Frise-Poulet, M. Richard et le Docteur Venelle
Marie-Sophie Ferdane Fanny
Stéphane Varupenne Marius, le Facteur et le Parisien
Gilles David César
 
 
Représentations!au Théâtre du Vieux-Colombier :
 
Mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h, dimanche à 16h, relâche lundi
Prix des places!: de 8 € à 28 €
Renseignements et réservation : au guichet du théâtre du mardi au samedi de 11h à 18h,
dimanche et lundi de 13h à 18h, par téléphone au 01 44 39 87 00/01, sur le site Internet
www.comedie-francaise.fr
 
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Fanny par Jacqueline Pagnol
 
Après le grand succès parisien de Topaze, le jeune Marcel Pagnol murissait un projet secret. Il avait assisté dans un théâtre des boulevards, à une pièce belge qui s’appelait Le Mariage de mademoiselleBeulmans de Messieurs Fonson et Witchler – et là, merveille, tous les comédiens jouaient avec un accent à couper au couteau. La pièce était bonne, bien écrite, le public s’amusait et applaudissait. Ce fut un triomphe. En rentrant chez lui, Marcel, songeur et admiratif, se dit!: «!Et si j’écrivais moi
aussi une pièce sur ma ville Marseille, avec des comédiens qui en ont l’accent, ce serait peut-être possible d’amuser et d’intéresser les Parisiens!?!» Et il le fit. Nous connaissons la suite.
Je songe ce soir à la fierté et à l’émotion de Marcel d’être représenté avec sa Fanny, jouée par les comédiens du Théâtre-Français au cher Vieux-Colombier!! Un rêve enfin réalisé.
Merci Mademoiselle Beulmans.
 
J. P., juin 2008
 
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Fanny à la Comédie-Française,
La perte d'une jeunesse volée par Muriel Mayette, administrateur général de la Comédie-Française.
 
Programmer Fanny au Théâtre du Vieux-Colombier en l’éloignant de son contexte marseillais, c'est retrouver chez Marcel Pagnol l'homme de théâtre, et rendre à sa prose dramatique une dimension universelle. C'est aborder la trilogie par le centre, où la partition des parents est la plus forte, où la fable se suffit à elle-même. C'est suivre une femme déchirée par des sentiments contradictoires qu'une famille improvisée influence!; une femme dont l'élan fertile cèle un cruel bonheur. Au sein de cette réunion bancale, sans père d'un côté, sans mère de l'autre, le "monstre parent" prend les rênes, impose sa loi. Ici c'est le coeur qui parle d'abord, c'est lui qui donne les réponses sans pourtant rien résoudre.
L'enfant à venir, aveu d'une nuit d'amour, est un prétexte à toutes les compromissions. Et la cellule familiale qui conseille, se déchire.
Il fallait pour ce pari une distribution inattendue, composée de personnalités fortes et singulières que la vie d’une cité portuaire a déposées là. Il nous fallait le regard d'une femme pour lire la pièce à travers les yeux de Fanny. Il nous fallait une sorte de proximité mouillée par les accents du monde entier, pour que nous pleurions avec Fanny la perte d'une jeunesse volée.
 
M. M., juin 2008
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Fanny
Par Pierre Notte, secrétaire général de la Comédie-Française
 
La pièce
 
Dans son bar, sur le Vieux-Port de Marseille, César se morfond. Marius, son fils, est parti naviguer à l’autre bout du monde. Entouré de ses amis, exaspéré par son chagrin et leur compassion, ce père aimant et abusif se sent trahi par un départ dont il contemple le désastre dans le désespoir de Fanny, l’amour délaissé de Marius. Mais Fanny n’est pas qu’abandonnée. Elle est une fille perdue dont la grossesse devient une tragédie ordinaire. Honoré Panisse, le maître voilier du port, de trente ans l’aîné de Fanny, lui propose le mariage, l’honorabilité, la fortune. Panisse tient les ficelles d’une comédie cruelle où la jeunesse renonce peut-être au bonheur. Et sur le Vieux-Port, baigné de soleil et de pittoresque méridional, le rire est roi mais il n’y a pas d’amour heureux.
 
L’auteur
 
Fanny s’inscrit comme le deuxième volet de la trilogie marseillaise de Marcel Pagnol. Débutée avec Marius en 1929, achevée en 1946 avec César, la trilogie fut aussi une série de films. Fanny, créée en 1931, à la suite du succès rencontré par la première pièce, reprend les mêmes personnages, désormais plongés dans le désarroi et l’incertitude de l’avenir. Marcel Pagnol avait, avec Marius, tracé l’itinéraire initiatique de deux jeunes gens, impuissants à donner une chance à leur amour.
Dans Fanny, il compose avec le personnage de Panisse, un portrait ambiguë des vertus et des petitesses d’une charité bien ordonnée. Pagnol retrouve alors une veine de moraliste laïque qui fit le succès de Topaze en 1928. Sans illusion, sans amertume ni mépris pour l’universalité des faiblesses humaines, il propose en alternative à la difficulté de vivre, un pessimisme à l’accent chantant.
 
Le metteur en scène
 
Après avoir monté les textes d’Heiner Müller, de Georg Büchner, de John Osborne et dernièrement de Marivaux au Théâtre Dijon-Bourgogne, où elle est, depuis janvier 2007, metteuse en scène associée, Irène Bonnaud lit en Fanny aujourd’hui « la plus émouvante des pièces de la trilogie marseillaise ». La tristesse de son happy end, la complexité de ses personnages et la diversité des voix humaines font de Fanny une tragédie sensible et politique, où résonnent « les rires au milieu du mélodrame, les rires du désastre ». C’est une ville portuaire, ouverte à tous les vents, où se croisent un Chinois, un Italien et même un Lyonnais. C’est le bar de César, la cuisine d’Honorine, l’arrière-boutique de
Panisse. C’est la communauté des hommes d’où certains partent, où certains restent. C’est là que Marius a laissé Fanny. Dans la petite société étouffante des hommes de bonne volonté, Irène Bonnaud peint dans sa première mise en scène à la Comédie-Française la tragédie
des gens ordinaires qui s’aiment, souffrent, s’insultent, s’observent, et s’efforcent vaille que vaille de rire encore sur les décombres, de s’y épauler, lucides mais bienveillants.
 
P. N., avril 2008
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Fanny
Par Irène Bonnaud, metteur en scène
 
Marseille, cité grecque La trilogie marseillaise de Marcel Pagnol nous présente une société en miniature. Les différentsdécors, tous situés dans le quartier du Vieux-Port où habitent les personnages, forment une sorte decité idéale. Toutes les classes sociales y sont représentées au sein d’un milieu majoritairementpopulaire. L’auteur révèle tous les rouages de cette société idéale où les personnages s’aidentmutuellement et font preuve d’une solidarité sans faille. Ce modèle de société nous apprendbeaucoup sur le fonctionnement d’une communauté et les conséquences que peut avoir le départd’un membre du groupe, le scandale de la fuite de Marius vers des lointains inconnus et sauvages.Les femmes, les hommes et même l’étranger, monsieur Brun, ont leur mot à dire. La parole chez Pagnol est l’instrument démocratique par excellence grâce auquel chaque individu exprimelibrement son point de vue, un peu sur le modèle des cités grecques de l’antiquité. Cet échange d’opinions est utilisé comme le moyen suprême de résoudre la crise par un humour singulier. Une communauté en crise Marius et la tante Zoé sont des figures symétriques. La tante Zoé, prostituée sur le Vieux-Port, est une fille perdue, exclue du collectif. Marius quitte la communauté car elle devient pour lui étouffante et oppressante. Il lui préfère le monde barbare des Îles sous le Vent à l’harmonie de la cité.
Fanny commence par une crise, causée par le départ de Marius. Tous les personnages sont très inquiets et pris de mélancolie. César est plongé dans un grand chagrin, le bar de la Marine ne fait plus recette et les parties de cartes sont terminées.
La pièce raconte comment la communauté referme la brèche, panse ses blessures et continue à assurer sa survie. Une oeuvre universelle À aucun moment, Pagnol ne dit quelle serait, selon lui, la bonne décision à prendre. La fin de la pièce reste ainsi ouverte au bonheur ou au drame. C’est au spectateur de s’approprier l’histoire et de juger les faits. Comme chez Brecht!: «!Le rideau fermé, toutes les questions restent ouvertes.!»
Plusieurs adaptations cinématographiques ont montré que le propos pouvait être récupéré par des idéologies contradictoires, du manifeste familialiste et réactionnaire à une satyre sociale dénonçant les hypocrisies d’une petite-bourgeoisie attirée par l’argent!; mais la complexité de la pièce montre surtout des blocs de vie et d’humanité, sans jamais être démonstrative. Même le comique de la pièce n’est jamais appuyé, jamais en surplomb par rapport aux personnages.
Après avoir vu et revu les films de la trilogie marseillaise, la lecture des pièces m’a permis de me rendre compte que l’oeuvre théâtrale, dans sa dramaturgie et sa virtuosité des dialogues, était si bouleversante. C’est faire peu confiance à Pagnol de penser qu’on ne peut jouer la trilogie qu’avec l’accent marseillais. L’universalité de ses pièces montre que Pagnol a ému des gens de cultures très différentes, de la Suède au Japon, des États-Unis à l’Allemagne. La mission de la Comédie- Française est bien de démontrer que Fanny n’est ni folklorique ni pittoresque, mais une des grandes oeuvres du répertoire théâtral français.
 
I. B., juin 2008
Propos recueillis par Laurent Codair, attaché de presse au Théâtre du Vieux-Colombier
 
 
Adaptations cinématographiques de Fanny
1932 – Fanny de Marc Allégret (France)
1934 – Der schwarze Walfisch de Fritz Wendhausen (Allemagne)
1938 – Port of seven seas de James Whale (USA)
1949 – Kaze no ko de Kajiro Yamamoto (Japon)
1961 – Fanny de Joshua Logan (USA) avec Leslie Caron et Maurice Chevalier
1967 – Ai no sanka de Yoji Yamanda (Japon)
 
Marcel Pagnol!: la Comédie-Française, enfin
Par Florence Thomas,archiviste-documentaliste à la bibliothèque-musée de la Comédie-Française
 
1928. Après le retentissant succès de Topaze, Paul Nivoix s’adresse à Marcel Pagnol!: «!Nous allonsmettre en chantier une autre pièce, et pour un théâtre que nous choisirons. Lequel préfères tu !?!(…) La Comédie-Française!?
- Mais oui, mon pauvre vieux!! À part les classiques, ils n’ont pas eu, depuis longtemps une bonne pièce moderne!! Écrivons-en une, et tu verras monsieur Émile Fabre nous la demander à genoux, là, sur ce tapis. Et nous la lui refuserons!! (…) Parce qu’avec leur système d’alternance, il faut deux ans pour atteindre une centième!! Non, pas de Comédie-Française. Ça nous coûterait trop cher!!!»
(Marcel Pagnol, Confidences). !
 
Né à Aubagne le 28 février 1895 d’une mère couturière et d’un père instituteur, Marcel Pagnol fait des études de lettres et fonde en 1914 la revue littéraire Fortunio. Licencié en anglais, il enseigne à partir de 1916 la langue de Shakespeare, traduit Hamlet et Virgile et, en 1922, écrit Catulle, son premier drame en vers. La même année, muté au lycée Condorcet à Paris, le Provençal déraciné s’éloigne de l’enseignement pour mieux se rapprocher de la littérature. L’ami d’enfance Paul Nivoix, retrouvé à Paris et désormais rédacteur à la revue littéraire Comoedia, l’introduit dans les cercles littéraires. Son rêve de faire jouer Catulle sur la scène de la Comédie-Française ou de l’Odéon semble à portée de main. Il ne se réalisera pas malgré la perspicacité d’Antoine, directeur de l’Odéon, qui décèle les talents dramatiques du conteur marseillais, et les avances de sommités du Français. L’administrateur Émile Fabre et le comédien Édouard de Max promettent en effet de
soumettre la pièce au Comité de lecture, tandis que Silvain, doyen de la Comédie-Française,
l’assure de son désir d’interpréter Catulle. Mais la sensationnelle irruption du célèbre doyen au lycée Condorcet pour lui témoigner son soutien n’a d’égale que son ambition. Silvain n’a pas lu une ligne de la pièce. Sa véritable motivation est l’espoir, bientôt réalisé, de diriger et donner son nom à un théâtre nouvellement implanté à Marseille.
Le succès en 1924 des Marchands de gloire que Pagnol a écrits avec Nivoix annonce le sien. Le triomphe arrive avec Topaze (1928) et avec lui le désir de revanche et le luxe chimérique pour les deux amis de refuser un jour à la Comédie-Française leur prochaine pièce. Pourtant, un an après, Pagnol demande des conseils auprès du directeur du Théâtre des Variétés, sur la conduite à adopter pour faire entrer Marius à la Comédie-Française. «!Tu vas à la brasserie de la Régence - c’est juste en face de la Comédie-Française. Tu as ton manuscrit sous le bras, avec ton téléphone sur la couverture (…). Il ne faut pas qu’il [le garçon] s’aperçoive que tu as oublié ton manuscrit sur la table. S’il le remarque, il te le rendrait!» (Confidences), lui répond Franck, sur le ton de la boutade, parce qu’ «!une bonne pièce, ça se place tout seul!». Il lui conseille plus sérieusement de faire jouer dans celle-ci un certain Raimu que Pagnol a déjà vu dans des revues et opérettes. Pour cette pièce à l’accent méridional dont le succès dépassera celui de Topaze, Pagnol l’engage donc ainsi que Pierre Fresnay, sociétaire de la Comédie-Française et «!protestant alsacien!» qui incarne, au grand dam de Raimu, le patron de bar marseillais. À la création de la pièce en mars 1929, l’imposant Raimu loue finalement la performance de Fresnay. Ils ne jouent cependant pas la suite, Fanny, au Théâtre de Paris en 1931. Fresnay a pris des engagements ailleurs et Raimu s’est fâché avec le directeur du théâtre. De la grande amitié souvent orageuse entre ce monstre des plateaux et Pagnol naît un long compagnonnage. Raimu joue, de 1931 à 1936, dans la version filmée de la trilogie marseillaise (Marius, Fanny et César) puis dans les nombreux films produits par le dramaturge fasciné par les débuts du cinéma parlant.
Raimu signe le 13 septembre 1943 son engagement à la Comédie-Française. Pagnol ne l’imagine pas rester longtemps chez Molière. En effet, Raimu quittera le Français en 1946 après avoir été Monsieur Jourdain dans Le Bourgeois gentilhomme et Argan dans Le Malade imaginaire. Il décédera la même année. Pagnol aura engagé d’autres comédiens du Français comme les quatre principaux interprètes (Léon Bernard, Maurice Escande, Jean Debucourt, Annie Decaux) du Gendre de M.Poirier de Sandeau et d’Augier pour en tourner l’adaptation cinématographique en 1933.
Pagnol est mort en 1974 sans avoir vu ses pièces acceptées par la Comédie-Française. Aujourd’hui, avec Fanny, c’est donc un retour aux planches pour l’un des premiers écrivains alliant si intimement, dans son oeuvre, le cinéma au théâtre.
 
Florence Thomas, juin 2008
Archiviste-documentaliste à la bibliothèque-musée de la Comédie-Française
 
 
Représentations au Théâtre du Vieux-Colombier
21, rue du Vieux-Colombier 75006 Paris
M° Saint-Sulpice ou Sèvres-Babylone
Téléphone de la location 0 1 4 4 3 9 8 7 0 0 / 0 1
Internet! www.comedie-francaise.fr
FANNY du 24 septembre au 31 octobre 2008
à 19h mardi
à 20h mercredi, jeudi, vendredi et samedi
à 16h dimanche
relâche lundi
Prix des places
Plein tarif 28 €
Tarif groupe 21 €
Tarif jeunes – 28 ans 14 €
et demandeurs d’emplois
Tarif groupe jeunes – 28 ans 8 €
Tarif dernière minute* 10 €
*À partir de 10 personnes par représentation dans la limite des places disponibles, pour les jeunes de 28 ans et les demandeurs d’emplois, 45 minutes avant le début de la représentation.