Les Bucoliques

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Edition Originale

Paris, Grasset, 1958.

Préface

Et ego in Arcadia... Moi aussi j'ai gardé les chèvres avec Ménalque, et j'ai cherché ce bouc perdu, et j'ai lancé des pierres bourdonnantes avec une adresse assez grande pour ne pas atteindre le vagabond... Sur les collines de Provence, dans les ravins de Baume Sourne, au fond des gorges de Passe-Temps, j'ai suivi bien souvent mon frère Paul, qui fut le dernier chevrier de l'Etoile.
(...)
Il portait la grande houlette en bois de cade, formosum paribus nodis atque aere, et comme Ménalque, il savait jouer de l'harmonica, qui n'est rien d'autre qu'une flûte de Pan perfectionnée : au lieu de calamos conjungere plures, ainsi que Pan instituit, je l'avais acheté pour lui dans un bazar d'Aubagne : la soudure métallique y remplaçait la cire fauve, mais les fines languettes de cuivre donnaient des sons d'une mélancolie poignante.
(...)
J'allais le voir souvent, dans son royaume des garrigues : nul ne savait jamais où il était. Je le cherchais, guidé parfois par le son lointain de l'harmonica, souvent, au printemps, par l'odeur du bouc, toujours par ma tendresse fraternelle, plus sûre qu'un pendule de sourcier.
(...)
L'excuse de cette traduction en vers français des BUCOLIQUES - qui est peut-être la cinquantième - c'est qu'elle ne prétend pas à l'érudition : c'est celle du frère d'un berger, qui aida la mère chevrotante, qui soigna le sabot du bouc, qui a cueilli toutes les plantes de Virgile, et qui a vu monter la lune dorée à travers les branches de l'olivier.