Notes sur le rire

Notes sur le rire

Page précédentePage précédente

Edition Originale

Paris, Nagel, 1947

Résumé

Un sujet qui a toujours passionné Marcel Pagnol et où il est passé maître. Il étudie le processus déclenchant le rire, puis sa noblesse. Il fait ensuite l'éloge de ceux qui ont assez de talent pour faire rire leurs semblables, alors qu'ils sont souvent dans la détresse.

Voici notre définition du rire :

1. Le rire est un chant de triomphe ; c'est l'expression d'une supériorité momentanée, mais brusquement découverte, du rieur sur le moqué.

2. Il y a deux sortes de rires, aussi éloignées l'une de l'autre, mais aussi parfaitement solidaires que les deux pôles de notre planète.

3. Le premier, c'est le vrai rire, le rire sain, tonique, reposant :
Je ris parce que je me sens supérieur à toi (ou à lui, ou au monde entier, ou à moi-même). Nous l'appelons rire positif.

4. Le second est dur, et presque triste :
Je ris parce que tu es inférieur à moi. Je ne ris pas de ma supériorité, je ris de ton infériorité. C'est le rire négatif, le rire du mépris, le rire de la vengeance, de la vendetta, ou tout au moins, de la revanche.

5. Entre ces deux sortes de rires, nous rencontrons toutes sortes de nuances. Et sur l'équateur, à égale distance de ces deux pôles, nous trouverons le rire complet, constitué par l'association des deux rires. Quand l'armée Leclerc a repris Paris, nous avons ri avec des larmes de joie, la France était délivrée et reprenait sa place dans le monde ; et nous avons ri âprement, parce que l'oppresseur était chassé, piétiné, écrasé. Ce fut un rire complet, un rire de tout le corps et de toute l'âme ; ce fut, dans toute sa force, le rire de l'homme.