Rapport sur les prix de vertu

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Discours prononcé à l'Académie Française, pour l'attribution du prix de vertu, décerné tous les ans.

Edition Originale

Paris, Imprimerie Firmin-Didot, 1956.

C'est une coutume, dans plusieurs petites villes, et même dans quelques villages, de donner chaque année un prix de vertu : c'est-à-dire que l'on couronne de roses une jeune fille connue pour ses bonnes mœurs, qu'on la décore ensuite du titre de rosière, et que les notables de la commune, une coupe de champagne à la main, lui font présent d'une petite dot. Cette vertu, d'ailleurs fort estimable, n'est cependant ni héroïque, ni agissante, et ce n'est point ce simple respect de soi-même que monsieur de Montyon a voulu signaler à l'attention publique. Qu'est-ce donc que cette vertu que nous avons un si grand désir d'honorer et de récompenser ?
(…)
La vertu que nous couronnons, c'est le courage. Non pas le glorieux courage militaire qui brille sur les champs de bataille. Celui-là nous révèle ses héros en quelques mois, en quelques semaines, en quelques jours, parfois en quelques heures : il a ses récompenses, aussi éclatantes et aussi promptes que les actions qui le méritèrent. Mais il est un autre courage, qui s'approprie le malheur des autres ; le courage qui travaille et qui mendie pour des orphelins inconnus ou pour des vieillards désespérés. Non pas dans l'ivresse d'une victoire ou la rage d'une défaite, mais pendant de longues années, dans le silence et l'obscurité. Telle est la vertu efficace que nous récompensons aujourd'hui.