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Michelle Avant-propos du livre de Jean-Claude Brialy
03/11/2004
14:28

Brialy parle de Pagnol dans l’avant-propos de son nouveau livre "J’ai oublié de vous dire...".

"Je me souviendrai toujours de celui qui était le roi de l’imagination, le prince du verbe, Marcel Pagnol.

Lorsque celui-ci était lancé dans un de ses récits, il lui arrivait de s’arrêter net pour me demander : "Je t’ai déjà raconté ça, non ? - Cela n’a pas d’importance, Marcel, chaque fois vous rajoutez un petit détail, répondais-je, conquis. - Eh oui, Jean-Claude, que veux-tu ? Quand je raconte mes histoires, je prends la vérité des choses vécues, et je lui mets des habits du dimanche." C’était sa recette pour faire d’une histoire vraie, même répétée, un rare moment de poésie, toujours unique.

J’ai connu Pagnol, sans vraiment faire partie de son monde. J’étais alors jeune, et lui au sommet de sa gloire, académicien, auteur connu et reconnu. C’était un homme à la fois simple et complexe, qui savait mieux que personne capter et enchanter l’âme des gens. il avait des goûts parfois surprenants. Il aimait, par exemple, chercher des points d’eau à l’aide de sa baguette de sourcier. C’était aussi un passionné de mathématiques, avec une âme d’inventeur.

Marcel aimait la vie simple, sa belle maison d’Aubagne, la treille sous laquelle avec ses amis il buvait son pastis en parlant de la vie de tous les jours. Il pouvait aussi disparaître d’un coup, se cloîtrer dans son bureau, cette espèce de laboratoire où il inventait des choses impossibles.

Raimu et Pagnol étaient deux grands artistes qui ont eu la chance de se rencontrer, comme deux silex se rencontrent, créant les superbes étincelles cinématographiques que l’on admire encore. Ils étaient assez proches l’un de l’autre malgré leurs grandes différences. Raimu avait un instinct ébouriffant mais possédait une culture modeste. Le grand Jules aimait les femmes et il adorait les souliers. Il avait l’élégance d’un seigneur, portait toujours un costume merveilleusement coupé, un noeud papillon impeccable, des chaussures reluisantes et des chemises sur mesure. Les livres et les musées n’avaient pour lui qu’un intérêt très relatif. Il était fasciné par les connaissances de Pagnol, et par sa facilité à traiter n’importe quel sujet avec une profondeur rare.

Marie Bell, sociétaire flamboyante, imposa Raimu au comité de la Comédie Française. Acteur de variétés, il avait débuté comme comique troupier et n’avait pas le profil type des pensionnaires de la vénérable maison. Son entrée fit d’ailleurs bon nombre de vagues ! Raimu était lucide, il savait que son arrivée n’était pas vue par tous d’un bon oeil, aussi fit-il preuve d’un zèle irréprochable. Il arrivait une heure avant les répétitions, faisait le tour de la place, et passait la porte à l’heure précise à laquelle il était convoqué. Il était très aimable avec les sociétaires, ce qui n’était pourtant pas dans sa nature. La Comédie Française l’intimidait.

Lorsqu’il y entra, il reçut une lettre de reproches de Marcel Pagnol qui l’accusait de trahir son milieu et ses amis. Il lui répondit vertement. Lorsque l’auteur de Marius devint académicien, il reçut une lettre de Raimu, mais c’était pour le féliciter. Les deux hommes se rencontrèrent au Fouquet’s pour fêter cet événement autour d’un verre. Raimu, à brûle-pourpoint, demanda alors à Pagnol : "Dis-moi, Marcel, il y a combien d’étoiles dans le ciel ?"L’académicien, interdit, ne sut que répondre : "Ecoute, je ne sais pas, il y en a des millions et des millions. Je peux te citer le nom des plus grandes et des plus connues, mais te dire leur nombre exact...je ne sais pas !" Raimu s’emporta alors : "Tu es à l’Académie Française et tu ne sais même pas combien d’étoiles il y a dans le ciel !"

C’était une réflexion à la fois naïve et charmante de ce homme simple, pour qui être académicien c’était détenir la connaissance universelle...

Je n’ai pas la prétention de rivaliser avec le grand Marcel, mais mon désir de conter est aussi fort que le sien l’était. J’espère que ces quelques pages, douces-amères comme la vie, vous divertiront."



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Jean-Philippe Re: Avant-propos du livre de Jean-Claude Brialy
04/11/2004
10:26

Merci pour ce texte.

Jean-Philippe

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CATULLE Re: Avant-propos du livre de Jean-Claude Brialy
24/02/2007
19:08

BRIALY évoque la maison de Marcel à Aubagne.

Pensez-vous qu’il nous parle de la villa de La Treille où il séjourna pendant le tournage de Manon des Sources ? Car à part la maison natale, Cours Barthélémy, qu’il quitta relativement tôt (à l’age de trois ans), Marcel n’a jamais vécu à Aubagne.

Paradoxalement, il vécu bien plus souvent loin d’Aubagne, que ce soit à Paris, que ce soit à Monaco, en Sarthe, en Eure ...

Par ailleurs, Jacqueline a confié que rarement elle ne vit Marcel joué à la pétanque ou boire du pastis comme le voudrait une certaine image d’Epinal ? Alors Jean Claude Brialy tomberait-il lui aussi dans la caricature Marseillaise à laquelle Pagnol est si étranger ?

Vos avis m’intéressent.

CATULLE

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Phildevalence Re: Avant-propos du livre de Jean-Claude Brialy
25/02/2007
13:19

Cher Catulle,



Je pense qu’il s’agit plutôt de " La Pascaline " cette superbe demeure ( vue de l’extérieur) qui se trouve tout à la sortie du village de la Treille. C’est dans cette maison qu’il a écrit ses Mémoires qui nous sont si chères à tous. Je crois bien que "l’asile des vacances" ou Bastide neuve ne lui a jamais appartenu ... PHIL.

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Michelle- Re: Avant-propos du livre de Jean-Claude Brialy
25/02/2007
13:55

Bonjour, eh oui ! c’est toujours le problème nous ne pouvons qu’écouter ceux qui ont connu ou disent avoir connu Marcel Pagnol, nous n’y étions pas. Ce qui est positif dans ce texte, c’est que tant d’années après son départ, on continue à se référer à lui et à sont talent de conteur. Nous le savons bien, il nous a donné bien plus que la caricature joueurs de boules, pastis, etc... Bon dimanche. Michelle

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CATULLE Re: Avant-propos du livre de Jean-Claude Brialy
25/02/2007
19:30

Merci Phil et Michèle.

C’est en effet à La Pascaline que je pensais.

Je ne mets pas en cause l’exactitude des propos de Jean-Claude Brialy, qui connait certainement Pagnol mieux que moi, mais j’apprécie que l’on soit précis quand on évoque Marcel Pagnol, car comme Thierry Dehayes l’a écrit "... Marcel Pagnol est d’autant plus mal connu que tout le monde a parlé de lui ..." (Marcel Pagnol et l’Ouest de la France - Ed. Alan Sutton 2005).

Dans son autre ouvrage "Lieux de vie, lieux de création" (Edisud - 2002), Thierry Dehayes confirme que Pagnol loua la Villa Pascaline durant l’été 1952 pour le tournage de Manon des Sources. Quelques lignes plus loin lorsqu’il évoque l’écriture des Souvenirs d’Enfance, il n’est plus question de La Treille.

Marcel pagnol n’a pas cherché à être précis comme le serait un biographe en nous contant ses souvenirs d’enfance. Reconnaissons à jean Claude Brialy le droit de mélanger ses souvenirs, ses images, ses anecdotes, et lorsqu’il écrit "...chez lui à Aubagne...", il évoque certainement le lieu de naissance de Pagnol et non son domicile.

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