Forum

Page prcdentePage précédente

Nouveau sujet | Répondre | S'enregistrer | Profil |

Faire une recherche :



Escaouprès Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
22/04/2006
13:21

Le provençal dans l’oeuvre de Pagnol

-------------------------------------



Le Papet Soubeyrant dans l’Eau des collines:



"Faï dè ben a Bertrand, té lou rendi en cagant",

= Fais du bien à Bertrand, il te le rends en caguant, accusant par là Jean de Florette d’ingratitude.



[D’après "le Parler Marseillais", ce proverbe n’avait rien de vulgaire à l’origine car c’était, avant de faire tomber le " r " :



"Faï dè ben a Bertrand, té lou rendi en cargant" (= en accablant).

[Effacer]

Escaouprès Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
22/04/2006
13:27

Un bon CHICOULON :

-----------------



Dans la trilogie marseillaise, César promet au chauffeur du Ferry-boat de lui offrir

" Un bon chicoulon de mousseux " s’il va chercher Panisse.



En provençal, un chicoulon c’est le petit coup que l’on boit. " Allez, le dernier chicoulon ! "

[Effacer]

Escaouprès Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
22/04/2006
13:38

Aquelo empego ! (Elle est drôle, ou elle est inouïe, celle-là !)

---------------------

Dans César, Escartefigue (médusé répond à Fernand :

" Aquello empego! Maintenant Césariot est journaliste! "



[Effacer]

Escaouprès Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
22/04/2006
13:44

La plus longue tirade en procençal que je connaisse dans Pagnol est celle-ci :



-----------------



Panisse (jetant les cartes au visage de César)



Tiens, les voilà tes cartes, tricheur, hypocrite ! Je ne joue pas avec un Grec ; siou pas plus fada qué tu, sas ! Foou pas mi prendré per un aoutré ! (Il se frappe la poitrine.) Siou mestré Panisse, et siès pas pron fin per m’aganta !



----

Mais peut-être en connaissez-vous d’autres?



Cordialement



Fernand

[Effacer]

Jean-Philippe Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
22/04/2006
14:09

Bien le merci Escaouprès pour cette superbe contribution.

Toutes ces expressions échappent effectivement aux non-provençaux, alors qu’elles apportent un cachet authentique aux films.



Pourrais-tu expliquer

Foou pas mi prendré per un aoutré !



et



siès pas pron fin per m’aganta



que je n’ai pas compris.



Merci.

Jean-Philippe

[Effacer]

Escaouprès Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
22/04/2006
15:16

Absolument de ton avis, ces expressions apportent beaucoup de saveur.



Pour cette mémorable tirade de Panisse,

mes connaissances en grammaire sont lacunaires et trop lointaines, alors si je me trompe, j’espère que Jean-Claude ou un autre me corrigera :



Foou pas mi prendré per un aoutré !

Faut pas me prendre pour un autre !

(= il ne faut pas me prendre pour un imbécile)



et siès pas pron fin per m’aganta !

et tu n’es pas assez fin (malin) pour m’attraper !



aganta = attraper, achoper, pessuguer



[Effacer]

Jean-Claude Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
22/04/2006
21:26

Fernand, votre traduction de la célèbre tirade de Panisse, à la fin de la partie de cartes, est parfaite.



Néanmoins, la graphie de ce texte dans MARIUS est Roumanillienne, c’est à dire phonétique.

La graphie occitane régulière de ce texte est la suivante :

sieù pas plus fada que tu, sas.

Fau pas mi prendre per un autre...

Sieù Mestre Panisse...

et sies pas pron fin per m’agantar...



(et cela se prononce comme nous le lisons dans le texte)





Conjuguaison du verbe "être". (Lo(lou) verb ESTRE ou ESSER" en occitan (au présent de l’indicatif :



Je suis / Sieù(en provençal)

Soi ou sios (languedocien/gascon...)

Tu es / Siès ou ses

il est / es

nous sommes / sem(phon:sen)

vous êtes / Setz (phon : ses)

ils sont / son



sieù pas plus fada que tu, sas (sas = tu sais)



Fau (il faut : verbe falloir: faler ou caler) pas mi prendre (phon: prindré) per un autre.



siès pas pron(phon: proun)(assez/suffisamment) fin(phon: fi ou finn)(Rusé, futé, intelligent) per m’agantar(m’aganta)(m’attrapper)



Comme le mentionne notre ami Escaouprés, le verbe agantar à des synonymes :

agantar : attraper

pessugar (pessuguer) : attraper (mordre, pincer) ex : on dit chez nous : "je me suis fait pessuguer par un chien... ou une murène"

Mossegar/Mousséga (mousséguer) : mordiller

ex : "je me suis amusé avec mon chien, il m’a mousségué la main".



Bonne initiative, Fernand, pour ce recueil de phrases provençales dans le texte de pagnol.

nous en trouverons d’autres...



Bien à vous tous



Jean-Claude







[Effacer]

Escaouprès Pagnol, la voix qui porte plus loin qu'un navire
23/04/2006
02:49

Gramaci, Jean-Claude,



pour vos patientes, généreuses et emerveillables explications.



En vous lisant, avec les deux graphies, on est transporté aux sources, car on vous entend parfaitement (et avec l’assent bien sûr).



Ah, si jadis quelqu’un avait su nous expliquer ainsi la grammaire et le théâtre de la vie faisant le reste, nous serions tous bilingues de coeur!









[Effacer]

Jean-Philippe Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
23/04/2006
03:13

Merci pour toutes ces explications. Je savoure vraiment, et j’espère que vous en trouverez d’autres à nous décortiquer.



Jean-Philippe

[Effacer]

Jean-Claude Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
23/04/2006
12:46

Une autre phrase en provençal :



dans la "femme du boulanger", Maillefer (Edouard Delmond) doit révéler à l’auditoire l’endroit où se cachent la boulangère et le berger.



Le boulanger, excédé par Maillefer qui n’en vient jamais au fait, lui saute dessus pour l’étrangler.



Maillefer dit alors, en provençal :

Faï de ben à Bertran, te le rendrà en cagant.

traduction: Fais du bien à Bertrand, il te le rendra en ...chiant.



Depuis ma plus tendre jeunesse, j’ai entendu cette phrase sous d’autres formes, dans le Midi :



Faï de ben à Bertran, te le rend en cagant :

Fais du bien à Bertrand, il te le rend en chiant.



ou bien



Faï de ben à Bertran, te le rendi en cagant :

Fais du bien à Bertrand, je te le rends en chiant.



Je vous prie de bien vouloir excuser cette trivialité... je n’en suis pas l’auteur.



Amistats, à leù

(Amitiés, à bientôt)



Jean-Claude Baudracco









[Effacer]

Escaouprès Adiou botte!
23/04/2006
18:03

Dans Fanny, Acte 1er, Scène IV

(Honorine, Panisse, Claudine, Le chauffeur)



HONORINE:

Zoé aussi, quand elle avait 15 ans, elle était sage, elle jouait toute seule avec ses poupées... elle n’aimait pas les garçons, et si un essayait de l’embrasser dans un coin, elle lui graffignait la figure comme une furie... et puis après, quand elle a connu l’Espagnol, adiou botte! Ca lui a pris comme un coup de mistral et elle est devenue ce que vous savez, elle était comme un parapluie fermé, qui ne peut plus tenir debout tout seul.



-------

J’ai parfois entendu cette expression "et Zou, ADIOU BOTTO!" et je n’ai jamais su d’où elle venait, tout en comprenant son sens par le contexte.



Mais je viens de lire une explication de Marius Autran, le petit neveu de Edouard Marius AUTRAN, dit "DELMONT", que nous connaissons tous sur ce forum. La voici:



-----------------

Adiou botte ! Equivalent de : adieu veau, vaches, cochon, couvée ! de la fable de La Fontaine, utilisée dans une situation désespérée ou à l’issue d’une entreprise contrariée ou compromise. Expression qui tirerait son origine d’un savetier marseillais, qui se voyait travailler jusqu’à la mort à réparer des paires de bottes. On le saluait « Adiou Botto » (adieu bottes) et l’expression serait restée pour dire : bonjour et au revoir. Adiou botte sian foutus.

[Effacer]

Jean-Claude Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
24/04/2006
18:45

une autre expression:



Dans le film "MANON DES SOURCES" du début des années 50, avec Rellys,

dans la séquence au tribunal, quand Tonin (Charles Blavette) voit à travers la fenêtre Ugolin(Rellys) faire les cent pas, il s’exclame en provençal(phonétiquement) : " tant qué viro, faï des tours !"ce qui signifie : Tant qu’il tourne, il fait des tours"

en graphie régulière : Tant que vira, fai de tours.



Jean-Claude

[Effacer]

Jean-Claude Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
24/04/2006
19:25

des lieux-dits, récurrents, dans les oeuvres de Marcel Pagnol :



quelques uns me viennent à l’esprit :



Vallon de l’Agasse = Vallon de la pie

agasso = pie





Baume de Passetemps = caverne de Passetemps



Bauma (phon: Baoumo)= Petite grotte, caverne, abri sous roches





Vallon des Bouscarles = Vallon des Fauvettes

Boscarla(phon: bouscarlo)= Fauvette



Col de la baume sourne = Col de la grotte obscure

Sorna (phon: Sourno) = obscure, sombre, ténébreuse.



...nous en trouverons d’autres...

et si certains d’entre vous ont en tête des expressions ou appellations provençales, dans d’autres oeuvres de Marcel Pagnol, nous tâcherons de les traduire.



Jean-Claude







[Effacer]

Escaouprès Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
27/04/2006
15:11

Jean-Claude, je ne suis pas sûr d’avoir compris le sens de "Tan qué viro, faï dé tour"...



Je croyais que cette expression était proche de :

"faire et défaire, c’est toujours faire"



Mais sur le site de

http://www.elysiria.org/lexique.php"; target="_blank" target="_new">http://www.elysiria.org/lexique.php />


je lis

" pour se moquer d’une personne qui hésite sans arrêt à prendre une décision sans y arriver. "



Comment l’entendez-vous?



[Effacer]

Escaouprès Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
27/04/2006
15:24

Vé, volà encore un assez long échange en Provençal dans César, au cours de la confession de Panisse.



Je laisse à chacun le plaisir de le traduire, mais il me semble que la graphie est, en partie, plus francisée que d’ordinaire, non?

----------------------

LA CHAMBRE DE PANISSE



César (debout au pied du lit, continue à lire les commandements):

" L’oeuvre de chair ne désireras

Qu’en mariage seulement "



Honoré :

Aqui, sian arriba au plus mâri...



Elzéar :

Es un grand peca; es besaï lou plus grand...



César :

De segu, es aqueou que si fa lou plus souvent.

[Effacer]

Jean-Claude Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
27/04/2006
16:37

Traduction de la scène de César :



Là, nous sommes arrivés au plus mauvais...





C’est un grand péché, c’est peut-être le plus grand...



sûrement, c’est celui qui se fait le plus souvent...



----------------------------------------



Pour chambrer quelqu’un qui tourne en rond, sans aller concrètement quelque part, on dit dans le midi :

Tant que viras, fai de tours



phonétiquement : tan qué viro, faï dé tours



signifie littéralement : tant que tu tournes, fais des tours.



Sens : tant que tu tournes, continue à faire des tours...



sachant que :"fai" est le verbe faire à la 1ère personne de l’impératif





on dit souvent aussi, chez nous, et dans les dialogues de pagnol : "allez, vaï!"; celà signifie tout simplement , en français : "Allez, va!"



vaï = verbe aller, conjugué à la 1ère personne de l’impératif.

[Effacer]

Escaouprès Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
28/04/2006
11:58

Ah, me n’en dirés tant!

Gramaci Jean Claude.



__________________________

NB. Lu sur un site d’humour http://www.cote.azur.fr/blague_medicales_12.htm"; target="_blank" target="_new">http://www.cote.azur.fr/blague_medicales_12.htm />


Savez vous traduire gynécologue en Provençal ?

- Escartefigue



[Effacer]

Jean-Claude Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
28/04/2006
14:39

je la connaissais, cher Fernand.



Puisque nous sommes dans les boutades provençales,

je vous en sers une, vieille comme le monde :

Comment traduisez-vous, en français, la phrase suivante :

phon : "Gratto mi l’agasso sauto" ?

(le résultat vous surprendra)



A leù



Jean-Claude

[Effacer]

Escaouprès Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
28/04/2006
17:11

Cher Jean-Claude,



Mi gratto, mi rigratto, non passa...

Allez vaï, on se lance:



Gratto / mi /l’agasso/ sauto

Gratte / moi / la pie / saute



Gratte moi la pissote?!



C’est comme le Gratemoilà (Guatemala) de César?

[Effacer]

Escaouprès Massacan
01/05/2006
05:51

MASSACAN, C’est le nom du mas où Ugolin, rempli de remords était venu se pendre en pensant à sa "Manon des sources"



D’après l’émission de Maître Acappella (pas Cappello!) sur Radio Provence ce mot signifierait :

----------- citation ------------



Massacan, un mot qui dans l’esprit des provençaux signifie "maladroit’. Vé, tu travailles comme un massacan! Mais à l’origine le massacan était un matériau de récupération, en somme de la pierre jetisse , qui permettait de bâtir des constructions un peu de bric et de broc d’ou le nom du mas.

---



Le mot MASSACAN existe aussi en dialetto genovese (Gènes, Italie), comme dans cette chanson, qui est étonnament proche du Provençal:



Si notre ami Eugénio du forum pouvait nous expliquer cela..( OOOH EUGENIO! SOS)



Ma ou belan

(Morini - Favarin - Bosso)



Primma faxeivo o guardian, ma ou belan!

Travaggiavo tûtta a nêutte ed ëa solo comme un can.

Un travaggio ch’o l’ëa disuman, ma ou belan!

Se cominça che l’è anchêu e se finisce l’indoman.

Me metto a fâ l’ortuan, ma ou belan!

Mi vendeiva o preboggion me cercavan o fagian.

Oua mí son massacan, ma ou belan!

Mi travaggio tûtto o giorno, no me sento ciù e mæ man.



Tutto o tempo sciù e zù pe’ ’na scaa,

dimme tí se ’sto chí o l’è louâ,

solo co-a canottëa co-o freido ch’o fâ.

Mí no so i massachen comme fan,

sotto o sö sotto l’ægua ghe stan,

a campâ co-e palanche che ogni mese ghe dan.



RIT.



Ma ou belan... Massacan...

Posacian... Pe’ un tocco de pan!



Ma ou belan... Massacan...

Posacian... Pa d’ëse o mæ can!



Quanto o me rompe o baccan, ma ou belan!

O me becca tûtte e votte quando mí fasso l’indian.

O se fa fâ o baxaman, ma ou belan!

No saiò mai capomastro, no son bon a fâ o ruffian.

Mí sciorto imbrattôu de catran, ma ou belan!

Me moggê a no vêu che mi m’allunghe in sce-o divan.

M’adescio zà fït a-o mattin, ma ou belin!

Pe’ sta drito a colasion mí me fasso un bel grappin.



Mí poeiva fà o sacrestan,

dui parolle co-i mæ parrocchian,

questo scì u l’è un travaggio almeno cristian.

Mi no so i massachen comme fan,

sotta o sö, sotta l’ægua ghe stan

a campâ co-e palanche che ogni mese ghe dan.



RIP. RIT.





[Effacer]

Escaouprès Je mas, tu masses, nous maçons
01/05/2006
05:57

D’ailleurs, MAS et MASSACAN sont phonologiquement bien proches...



Le dictionnaire Occitan nous donne:



-------

Mas "ferme, maison, demeure", maset "petite maison de campagne, petite ferme; maisonette rustique où l’on va passer le dimanche". D’après les dictionnaires de francais, entre autres par Littré, ce dérivé est caractéristique pour la région de Nîmes - Avignon.

L’origine est le participe passé du verbe latin manere est mansus qu’on trouve comme substantif dans des textes et des inscriptions depuis le 5e siècle avec le sens "maison " et "domaine". Le mot a également existé dans le nord de la France, comme en témoignent de très nombreux nom de personnes (Dumas, Delmas) et de noms de lieu (Metz, Meix, Mas), mais il y a perdu beaucoup de terrain depuis la disparition du système féodal concernant la propriété. Mas n’est vraiment indigène que dans le Midi, où il s’est maintenu jusqu’à nos jours avec le sens "ferme". En français il a été emprunté à l’occitan au 14e siècle.



----



Mascanhar "charcuter, manier malproprement" fait partie d’un groupe d’emprunts des parlers occitans aux voisins italiens, piémontais massè "tuer", italien amazzare.

L’italien mazzacane littéralement mazza + cane "tue + chien", est un mot des maçons et désigne la "caillasse". En ancien occitan massacan " pierre de blocage" (1427) et dans la Vaucluse un massacan est "un caillou pour boucher les interstices des murs en pierre sèche".



Des massacan, il doit y en avoir là-dedans.



Au figuré cela peut devenir " grosse omelette avec de menus morceaux de viande" et une massacanayre devient une cuisinière sans finesse, gargotière". En languedocien le verbe dérivé mascanhar a pris le sens péjoratif "charcuter" et dans le Quercy, d’après Mistral "travailler péniblement, fatiguer".

Ce groupe d’emprunts est dérivé d’une forme *mattea "massue" qui n’est pas attestée en latin mais qui est à la base de toutes les formes dans les langues romanes, comme par exemple ancien occitan massa "arme de choc formée d’un manche et d’une tête de métyal, souvent garnie de pointes ou évidée en ailettes". Catalan massa, italien mazza, espagnol maza, anglais mace, néerlandais matsen "frapper" (flamand; Maastricht matshamel "merlin"), déjà chez Kiliaan "mats-hamer fland. j. her-hamer. Cestra, malleus militaris".

[Effacer]

Jean-Claude Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
01/05/2006
11:17

C’est vrai, Fernand,



MASSACAN : encore un mot que j’ai entendu maintes et maintes fois de la bouche des "anciens" dans ma plus tendre enfance.

"se conduire ou travailler comme un massacan"

ou même : ...comme un "chapacan"



(pour désigner quelqu’un qui bâcle son travail ou accomplit mal une besogne.)



Personnellement, si l’on m’avait demandé à brûle-pourpoint l’origine du mot : MASSACAN, j’aurais opté pour (massacre-chien), sachant que Massacrar = Massacrer et Can = est une des 3 appellations de chien en occitan, avec : Chin(Provence +Gard+ hérault), Gos(Phon: Gous), dans le reste du languedoc.

Comme "Chapacan" (bouffe-chien)

Chapar = manger (dans le sens de bouffer, bâfrer)

+ can= chien.

Mais là, encore, nous devons émettre es réserves, car tout dépend des sources que nous avons.

Pour ma part, je consulte régulièrement le dictionnaire : Occitan/français de Louis Alibert, selon tous les parlers occitans; ouvrage assez complet.

Je vais quand même poser la question à

[Effacer]

Jean-Claude Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
01/05/2006
11:18

(suite)

...l’institut d’études occitanes de Toulouse...

[Effacer]

Escaouprès Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
01/05/2006
16:35

Très intéressant!



Nota : en japonais "MASSAKA!" signifie "ô fan de p.!"

[Effacer]

Escaouprès Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
04/05/2006
09:12

Sur le sujet, une thèse qui devrait être intéresante a été réalisée par Georges Yvonne

Titre Les Provençalismes dans "l’Eau des collines." (La Provence dans "l’Eau des collines," roman de Marcel Pagnol, étude de langue)

240 pages.



Editeur: Aix-en-Provence, la Pensée universitaire, 1966



Description 240 p.

Series Publications des Annales de la Faculté des lettres, Aix-en- Provence. Série: Travaux et mémoires, no. 42

Note Bibliographie: p. 225-229

[Effacer]

Phil de Valence Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
08/05/2006
22:45

Cher Escaouprés,



voici une autre expression tirée de Fanny (acte 1, scene 5) dont vous voudrez bien nous donner la traduction : tout aro ti mandi un basseou.

J’ai ma petite idée ... mais je souhaiterai avoir votre confirmation. Merci d’avance.

[Effacer]

Phil de Valence Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
08/05/2006
22:55

J’ai trouvé également une chanson que chante le petit chauffeur du ferry-boite, dans le 1er acte scène 5, que voici :



Madame de Limagne

Fai dansa lei chivaou frus

li doune des castagnes

Disoun que n’en voulon plus !



Tout cela se trouve dans la pièce écrite par notre cher Maitre et non dans les films .

Merci donc d’éclairer la lanterne de ceux qui...hélas ne sont pas des Provencaux .

[Effacer]

allaudien Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
08/05/2006
23:16

Madame de Limagne

Fait danser les Chevaux-Frus;

Elle leur donne des châtaignes,

Ils disent qu’ils n’en veulent plus;

Et danse, ô gueux! Et danse, ô gueux!

Madame de Limagne

Fait danser les Chevaux-Frus.



Pagnol a fait chanter le "Mistral"

"D’aussi loin qu’il me souvienne, je vois devant mes yeux, au Midi là-bas, une barre de montagnes dont les mamelons, les rampes, les falaises et les vallons bleuissaient du matin aux vêpres, plus ou moins clairs ou foncés, en hautes ondes. C’est la chaîne des Alpilles, ceinturée d’oliviers comme un massif de roches grecques, un véritable belvédère de gloire et de légendes."

Frédéric Mistral - Mes Origines



Mais ne dirait-on pas du Pagnol ?

[Effacer]

Jean-Claude Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
08/05/2006
23:41

Cher Phil,



Aqui, la revirado :

(voici la traduction)



Tout aro, ti mandi un basseù =

Maintenant, je te donne une gifle





et



Madame la Limagne

Fais danser les "Chevaux-jupons"

Elle leur donne des châtaignes

Ils disent qu’ils n’en veulent plus



...évidemment, ça rend moins bien en français...



Bien à vous



Jean-Claude

[Effacer]

Anonyme Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
09/05/2006
03:13

Cher Phil,



Excellente trouvaille cet air fredonné dans Pagnol!



Cette "chanson" qu’on dit composée par le bon Roi René(et danse) existe toujours. Voir photo plus bas.



Ce petit chauffeur (qui n’est autre que notre cultivé et polyglotte Marcel), a décidement bien des mérites de nous faire revivre deux millénaires de culture méditerranéenne.



Cette "Madame de Limagne" est la dernière version d’une mascarade médiévale miraculeusement conservée par les Trouvères, et fait partie des trésors du folklore provençal avec la Farandole, la Matelotte et la Danse des épées:



Les danseurs des chivau frus (cheval " fringuant " = " ardents ", allusion sexuelle qui évoque la danse des Centaures dans les bacchanales) déplaçaient un cheval de carton suspendu par deux rubans sur le dos simulant un long collier. Ils levaient un chapeau avec des plumes et une escarapela et effectuaient des figures accompagnés avec la musique consacrée des chivaus frus que comme il est dit fut composée par le Roi René.



Donc, il n’y a aucun rapport avec les "frou-frou des jupons", malgré l’attraction des deux mots.



A l’origine c’était une danse de carnaval dans laquelle les chevaux assaillaient les dames pour les tourmenter tandis celles-ci leur offrait des châtaignes, dont ils ne voulaient pas.



Plus tard cette musique a été adaptée avec des textes qui narraient l’histoire de Madame de Limagne.



L’église a ensuite récupéré et modéré ces rites païens et domestiqué ces chevaux fous dans les jeux de la " Festivité de Dieu ".



Voir la photo de ces danseurs, qu’on appelait aussi "cavaliers gais"!

http://li.gai.farandoulaire.free.fr/htmlespagne/bailes/chivau.html"; target="_blank" target="_new">http://li.gai.farandoulaire.free.fr/htmlespagne/bailes/chivau.html />
Lei Chivaou frus



Dans l’esprit de Pagnol (contexte culturel mais aussi interprétation psychanalytique personnelle) à rapprocher de:



"Quand on fera danser les couillons... tu seras pas à l’orchestre"



Bien cordialement,

Fernand, en cavale aussi

[Effacer]

Phil de Valence Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
09/05/2006
19:54

Merci a vous, c’est fantastique, je m’attendais à des réponses mais aussi complètes !! Je suis stupéfait ! Merci encore.

[Effacer]

Anonyme Quand le capitaine Haddock jure en provençal
19/07/2006
03:30

Non, cette fois, ce n’est pas dans dans Pagnol, évidemment, mais...



"Mille millions de mille sabords"

a été rendu en provençal par !

"bougre de couquinasse de tron de pas disque !"





------

Réalisées par France 3 Marseille, quatre aventures animées de Tintin peuvent désormais être étudiées en langue provençale par les écoliers de la région, à l’initiative de "Telev’oc Provence", qui regroupe les principaux courants provençaux. 300 cassettes ont été réalisées avec l’aide de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et des conseils généraux des Bouches-du-Rhône, de Vaucluse et des Alpes-de-Haute-Provence, et remises aux enseignants de provençal. Les cassettes sont accompagnées de livrets imprimés en graphie provençale et en graphie classique et l’on peut entendre les comédiens s’exprimer dans différentes variétés du provençal. En regardant "Li Beloio de la Castafioro", "Lou secret de Lunicorne", "Lou tresor de Rascas lou Rouge" ou "L’afaire viro-soulèu", les élèves pourront entendre le capitaine Haddock jurer "bougre de couquinasse de tron de pas disque !" et non "Mille millions de mille sabords"...



(L’Èime Prouvençau, n° 49, novembre-décembre 2002)

[Effacer]

Francis Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
27/09/2006
18:17

Dans les lettres de mon moulin, et plus précisement, le secret de maitre Cornille, ce dernier lance à Vivette depuis la fenêtre du moulin :

Mounté vas ?

A la saoutarello !

Vas resta lountemps ?

Aï dé travail !

Fas ben antentioun en aqueou moussu !

Puis, à la fin du film, quand tous les paysans apportent des sacs de blé au moulin, le maire présente un homme à maître Cornille (Delmont) :

-Ce monsieur, vous ne savez pas qui c’est ? C’est votre ennemi, maître Cornille. C’est le proprietaire de la minoterie.

-Ah ! C’est le monsieur de Paris ?

- Ieou ? Siou neissu dins un mas de Camargo, qué lidian lou mas de Panisse ! Moun grand ero loi baile d’ou marquis de Baroncelli, et ma maïré es neissudo dins lou moulin d’oli de Ventabren ! Siou ana à Paris per estudia. Et li voou catécant...Maï siou d’eici, et moun estaou e proche lou Rose, à la pounche de Camargo souto leï tamaris et lei falabreguié.

-Maï alors, perché l’avé facho, aquello "minoterie", qu’a tua nosti moulins ?

texte tiré du livre quatre lettres de mon moulin, aux éditions jean de Bonnot-1978-

première question : est-ce bien du Provençal ? J’ai vu plus haut que l’on écrivait je suis : sioù , ici, c’est siou...

Seconde question : traduction ? Je vous écoute...

Merci

[Effacer]

Francis Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
27/09/2006
18:23

petite érreur : je voulait écrire que plus haut Jean claude écrit "je suis" : sieù, avé le E

[Effacer]

JJ30 Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
28/09/2006
00:42

Peut-être vais-je me risquer à traduire avec les quelques restes de provençal qui trottent dans ma tête (ils sont si lointains), parce que je n’ai pas le livre (un des rares que je n’ai pas !); heureusement que certains mots ressemblent au français et que j’en entends encore un peu parler. Mais je ne suis pas sûr de tout.

Ieou ? Siou neissu dins un mas de Camargo, qué lidian lou mas de Panisse ! Moun grand ero loi baile d’ou marquis de Baroncelli, et ma maïré es neissudo dins lou moulin d’oli de Ventabren ! Siou ana à Paris per estudia. Et li voou catécant... Maï siou d’eici, et moun estaou e proche lou Rose, à la pounche de Camargo souto leï tamaris et lei falabreguié.

-Maï alors, perché l’avé facho, aquello "minoterie", qu’a tua nosti moulins ?



Hein ? Je suis né dans un mas de Camargue, qui (???) le mas de Panisse ! Mon grand-père était l’homme de confiance du Marquis de Baroncelli, et ma mère est née dans le moulin à huile de Ventabren ! Je suis allé à Paris pour étudier.

Et me voilà brusquement (pas sûr de cette phrase, car je connais "quatecant" et li voou = j’y vais, j’y viens, donc j’ai essayé d’interprêter).

Mais je suis d’ici, et ma maison est près du Rhône, à la pointe de la Camargue sous les tamaris et les micocouliers.

Mais alors, pourquoi vous l’avez faite cette minoterie qui a tué nos moulins ?

Si quelqu’un qui a le livre peut compléter ou corriger, ce sera avec plaisir; ce n’est q’une première approche.



En ce qui concerne les différentes graphies, il n’y a pas "un" provençal, mais des variantes selon les régions. Pour en savoir plus je vous renvoie à ce site sur la polynomie du Provençal :

http://prouvenco.presso.free.fr/poulinoumio.html"; target="_blank" target="_new">http://prouvenco.presso.free.fr/poulinoumio.html />
J-J

[Effacer]

Jean-Claude Re: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
30/09/2006
18:03

Sans me substituer à JJ30 qui a eu le mérite de traduire la quasi totalité de ce texte en provençal approximatif,

je pense avoir élucidé le mystère des petits points d’interrogation restants, grâce à la collaboration de mon ami et poète occitan :"La Sauze"



Où tu vas ?

A la Sauterelle !

Tu vas rester longtemps ?

J’ai du travail !

Fais bien attention à ce monsieur



C’est possible !

Je suis né dans un mas de Camargue que nous appelions le mas de Panisse. Mon grand-père était le régisseur du marquis de Baroncelli, et ma mère est née dans le moulin à huile de Ventabren. Je suis allé à Paris pour étudier. Et j’y vais sur le champ.

Mais, je suis d’ici et ma maison est proche du Rhône, à la pointe de la Camargue, sous les tamaris et les micocouliers.

Mais alors, pourquoi vous l’avez ( ou : pourquoi l’avoir) faite cette minoterie qui a tué nos moulins ?

[Effacer]

allauch13 RE: Provencal (ou Marseillais) dans Pagnol
15/08/2012
06:27

Je n'ai découvert que récemment ces merveilleux textes.
Pour "adiou Botte",je penche pour l'explication donnée par Nandyfer dans "Les cris de Marseille"parus en 1885 sur le savetier nomméGARIGUES;
pour Chapacan,le mot d'origine est Chiapacan ou tchapacan,l'employé de la fourrière,celui qui attrape les chiens.

[Effacer]